Les Cinéastes et Intervenants
Les cinéastes invités & leurs films

Hommage à
Jean-Pierre
Bekolo
Cinéaste camerounais
Un cinéaste
à cloche-frontières
La volonté d’ouvrir une nouvelle narration (africaine) – en mélangeant fiction et réalité, en triturant la forme et l’imaginaire – est présente dans tous ses films. Chez ce cinéaste, l’humain est à la fois un point d’appui et la ligne d’arrivée. Exposer les plaisirs, c’est faire exploser les douleurs. C’est la raison pour laquelle les corps (féminins) sont joliment filmés dans le plus simple appareil (dans Naked Reality ou la séquence d’ouverture des Saignantes), car ils sont des armes contre la violence hégémonique de « la méreprésentation » (vision majoritaire, masculiniste, négative et cannibale, du réel). Cette violence génère la résistance de celles qui sont essentialisées : les femmes. Cette subversion artistique (que j’appelle « outre-représentation ») vient contrecarrer les tentatives d’éviction de l’humain, dévoile les structures de la violence illégitime et la repousse vers la périphérie.
Bekolo se défie des frontières et offre un tableau complexe de l’humanité ; l’humour y est central (ses dialogues sont admirablement ciselés). L’espoir et le dialogue en sont l’acmé et la chute.
Les films de Bekolo
Avant-première

Dani Kouyaté
Cinéaste franco-burkinabé
En 2017, nous avions accueilli Dani Kouyaté à Visions d’Afrique avec une rétrospective de ses œuvres. Il revient 8 ans plus tard, avec son dernier-né en date : Katanga, la Danse des scorpions, son dixième long-métrage et sa deuxième adaptation d’une œuvre théâtrale.
Dani Kouyaté est très à l’aise avec les légendes et l’histoire. Il faut dire qu’il a de qui tenir : descendant d’une lignée de griots, il est le fils de l’immense Sotigui Kouyaté, auquel il rend hommage dans son premier long-métrage Keïta l’héritage du Griot (1995).
Passionné de légendes, de théâtre, Dani est conteur tout comme son père et son frère Hassane Kassi. C’est d’ailleurs par des tournées en Europe et aux Etats-Unis qu’il commence sa carrière dans le spectacle familial La Voix du Griot dans les années 90, avant de prendre son envol vers le cinéma, son autre passion.
Avec Sia, le rêve du python, son deuxième long-métrage en 1995 et aujourd’hui Katanga, la Danse des scorpions, Dani joue simultanément sur plusieurs tableaux. Films visuels à l’esthétique fascinante (Katanga est tourné dans un noir et blanc impressionnant), ce sont des allégories intemporelles et universelles sur les rapports entre pouvoir, mythes et folie. Dans Sia, Sotigui Kouyaté, son père, tenait le rôle complexe du Chef des armées.
Son ombre plane sur ce personnage de Katanga aujourd’hui…
Entre ces deux films, Dani Kouyaté s’est permis des incursions dans d’autres genres cinématographiques : la comédie musicale avec Ouaga Saga, film urbain avec des adolescents (2005). Un « road movie » en 2013, co-réalisé avec Olivier Delahaye, Soleils, conte philosophique qui traite de la sagesse dans la tradition africaine et des relations entre Afrique et Europe. Tant qu’on vit, son premier film suédois sorti en 2015, évoquait la question du retour, dans un monde globalisé.
Ce nouveau film, Katanga, adaptation de La Tragédie de Macbeth de Shakespeare, signe le retour du cinéaste au Fespaco. Il y a remporté l’Étalon d’or de Yennenga et le prix Paulin Soumanou Vieyra de la critique africaine.
Le film présenté

Hommage à
Nollywood Week
Deuxième industrie mondiale du cinéma, « Nollywood » est quasiment absente des écrans français. Ce festival met à l’honneur l’une des plus importantes success story africaine, celle de l’industrie cinématographique nigériane, née de rien et qui a su s’imposer dans le paysage mondial en une trentaine d’années. « L’édition 2025, dit Serge Noukoué, présentait un panel représentatif : comédie, drame, thriller et même un film d’horreur! Et aussi des thématiques sociales importantes pour contrer l’idée reçue selon laquelle les films de Nollywood ne sont que des films légers. »
Ensemble, nous avons choisi de vous montrer trois films représentatifs de la sélection 2025 : For Amina de Lindsey F. Efejuku, Prix du public, Out in the Darkness de la réalisatrice Sarah Kwaji et The Legend of the Vagabond Queen of Lagos du Collectif Agbajowo, Prix du Jury.

À propos de Nollywood
Le terme Nollywood (contraction de Nigéria et Hollywood) fait référence à un modèle particulier de production et de diffusion au Nigéria. Né dans les années 90, Nollywood se distingue par son mode de production rapide et à bas coût, qui permet aux producteurs de sortir un film dont le budget ne dépasse pas 15 000 dollars en quelques semaines seulement. On tourne très vite et pas cher en une semaine, puis on vend un maximum de copies originales en deux semaines. Tous les genres coexistent : films d’action, comédies, films sur les forces surnaturelles, mélodrames familiaux. Les protagonistes des films sont sujets à d’extraordinaires persécutions et à des changements soudains du destin.
L’audience potentielle pour chaque film nigérian était de 15 millions de personnes au Nigéria et d’environ 5 millions de spectateurs dans le monde en 2014. Un chiffre plus élevé encore aujourd’hui.
Au départ, les films produits par Nollywood étaient vendus directement aux consommateurs sous forme de DVD ou de VCD, grâce à de puissants réseaux de vendeurs de rues, mais aujourd’hui, ils sont distribués en ligne et à la télévision dans tout le Nigéria, en Afrique et au sein de la diaspora.
Dans l’abondance de cette production, de vrais talents commencent à apparaître. Depuis le milieu des années 2000 et l’émergence de budgets plus conséquents (entre 150 000 et 750 000 dollars en moyenne), des productions plus ambitieuses et de meilleure qualité parfois appelées « Nouveau Nollywood », voient le jour. Les meilleurs films sortent sur les plateformes et également au cinéma.
D’autant que le modèle Nollywood doit son succès en grande partie à sa capacité de développer sa propre manière de raconter les histoires, en dehors des critères occidentaux. Une approche qui trouve un large écho auprès du public nigérian et africain, en partie grâce à des sujets populaires abordés sans concession, tels que la religion, la sorcellerie, la morale et la vengeance.
Les film présentés

Serge Noukoué
Créateur de la Nollywood Week
« Nous avons voulu revenir à l’essentiel, dit Serge Noukoué, rendre aux histoires leur place centrale. Car raconter une histoire c’est bien plus que divertir. C’est interroger, émouvoir, dénoncer, réveiller. »
Passionné de cinéma, Serge Noukoué a navigué entre production, distribution, formation et même diplomatie culturelle, en tant qu’attaché audiovisuel pour l’Afrique de l’Est de 2020 à 2024. Son goût des cinématographies du monde l’a conduit en 2013 à co-créer avec Nadira Shakur la Nollywood Week à Paris, un festival dédié à la promotion du cinéma nigérian ; un pont entre Afrique francophone et anglophone.
Sa société de distribution (Okada Media Distribution) est également tournée vers la circulation globale des œuvres africaines et diasporiques.

Bikiya
Graham-Douglas
Productrice et actrice de For Amina
Bikiya Graham-Douglas est une artiste aux multiples talents. Productrice et actrice multi primée, elle a joué dans de très nombreux films et séries pour le cinéma et la télévision, dont Battleground (la plus grande série TV d’Afrique sur DSTV) For Amina, Funmilayo Ransome Kuti ou War : Wrath and Revenge.
Elle est également musicienne, chante du jazz et se produit sur scène.

Les intervenants
Journaliste politique, (relations internationales) et critique de cinéma, elle a fait la plus grande partie de sa carrière à RFI, ou elle produisait l’émission Cinémas d’aujourd’hui, Cinémas sans frontière. Elle a participé à de nombreux jurys, (Namur, Amiens, Fespaco, Rabat) co-écrit plusieurs ouvrages consacrés aux cinémas d’Afrique…
Théoricien et praticien du cinéma, Thierno enseigne avec brio, depuis 1999, le cinéma comparé (Universités Bordeaux Montaigne, Niamey, Genève). Journaliste, il est rédacteur en chef d’Africiné Magazine (africine.org, Dakar, 470 critiques de cinéma, dans 48 pays)…
Journaliste d’investigation, écrivain, réalisateur, spécialiste de l’Afrique et du monde arabe, Djibril Diallo est titulaire d’un Master en Cinéma, option réalisation, à l’Université de Grenoble. Il vit et travaille à Paris. Militant des Droits de l’Homme, il est co-auteur de la série Génocide et délits de complicité en Mauritanie…