Bilan de la 11° édition de Visions d’Afrique

La 11° édition de Visions d’Afrique a eu lieu comme prévu du mercredi 14 octobre au mardi 20 octobre. Elle a permis de présenter 19 longs métrages et de réaliser 45 séances si l’on prend en compte les séances scolaires (8).

Le festival s’est déroulé dans un contexte particulier marqué par l’épidémie de Covid 19 qui évidemment a eu de multiples répercussions d’une part sur la programmation qui a du être adaptée à la nouvelle donne et d’autre part sur le niveau de la fréquentation. Dans ces conditions, si les résultats en matière de fréquentation marquent un recul sensible par rapport à ceux atteints en 2019, ils se situent toutefois à un niveau que l’on peut estimer « convenable » si on prend en considération les conditions dans lesquelles a évolué cette 11° édition.

Les volets scolaires et littéraires ont donné de bons résultats et n’ont été affecté que marginalement par la conjoncture.

I. Contexte, ajustements et innovations

L’épidémie de Covid 19 a imposé des modifications et des ajustements de la programmation, essentiellement en raison d’impossibilité dans laquelle se sont trouvés deux des invités principaux à venir au festival. Dani Kouyaté n’a pu quitter la Suède et Dieudo Hamadi (Congo)a eu un visa trop tardif pour pouvoir participer au festival . L’absence de Dani Kouyaté a pu être en partie compensée par l’organisation de deux visioconférences qui ont permis un dialogue entre le réalisateur, le public de l’Eldorado et les élèves du lycée Merleau-Ponty.

Il a également été possible d’organiser la participation au festival du principal acteur du film « Soleils », Binda Ngazolo, qui est venu présenter le film de Dani Kouyaté et de Olivier Delahaye. Il a dialogué longuement avec le public à propos du film et , plus largement, sur l’histoire de l’Afrique dans ses relations avec l’Europe : ce fut de l’avis général un des « bons » moments du festival.

Ajoutons que la présence du réalisateur Boris Lojkine qui est venu présenter son film « Camille » et le film « Makongo » de l’un de ses élèves centrafricain, , a contribué à limiter les effets de l’absence des deux autres réalisateurs.

Ajoutons enfin que, outre les visioconférences, un effort tout particulier a été fait pour utiliser des éléments vidéo concernant les films ( bande-annonces notamment) et les réalisateurs (interviews), notamment Dieudo Hamadi. Ils ont véritablement enrichis les contenus.

Il paraît donc aujourd’hui évident que l’utilisation de la visioconférence et de moyens vidéo divers ont contribué à renforcer l’attractivité du programme du festival . Leur mobilisation devrait être systématiquement organisé à l’avenir, bien évidemment en rapport et en complémentarité avec la programmation.

II. Une fréquentation en recul mais au demeurant « convenable »

La crise sanitaire a évidemment pesé sur le niveau de la fréquentation. Globalement les 37 séances « grand public » de 2020 ont rassemblé 1559 spectateurs soit une baisse de l’ordre de 25% par rapport à 2019.

Ce recul est plus net à l’Estran, -43,2% (465/264), qu’à l’Eldorado, -19,3% (1605/1295). Le ratio « nombre de spectateurs par séance » a évidemment subi une diminution: pour l’ensemble, il est passé de 49,3 en 2019 à 42,1 en 2020.Le recul est ici aussi moindre pour l’Eldorado qui a mieux résisté: 57,3 contre 51,8.

Il convient toutefois de relativiser cette régression. Le chiffre global de fréquentation, 1559 spectateurs, n’est que légèrement inférieur, de 7,4%, au chiffre enregistré en 2018, 1684 spectateurs.

Le niveau de fréquentation en 2020 est resté supérieur au niveau de 2017 : 1559 contre 1377 et, très nettement supérieur pour l’Eldorado : 1295 spectateurs en 2020 contre 1082 en 2017 …..
Un recul donc relatif qui a simplement ramené globalement la fréquentation à un niveau proche de celui de 2018.

Un résultat « convenable » donc dans une conjoncture très difficile.

III. La grande diversité de l’offre cinématographique semble avoir été appréciée par le public

Le programme était cette année particulièrement divers tant sur le plan thématique que géographique. Son originalité tenait notamment à la place exceptionnelle occupée par les documentaires (en rapport notamment avec la « présence » du cinéaste congolais Dieudo Hamadi et la volonté de Boris Lojkine de montrer le film (Makongo) réalisé par un de ses élèves centraficains, à la sélection de films venus de pays à la cinématographie rare (Soudan, Kénya, Namibie), à une production maghrébine de qualité (Abou Leila, Un fils, Myopia) et bien entendu à la projection des films de Dani Kouyaté. Les circonstances ont fait que la présence des réalisateurs a moins joué que d’habitude pour orienter les choix du public. La notoriété de Dani Kouyaté qui est intervenu par Visioconférence et la présence de Boris Lojkine ont toutefois évidemment favorisé leurs films.

L’examen des résultats chiffrés et les appréciations portées par les spectateurs (un nombre limité) qui ont rempli un questionnaire à la sortie des salles permettent de faire les observations suivantes:

  1. Les spectateurs ont beaucoup apprécié plusieurs documentaires dont Makongo présenté par Boris Lojkine et 143 rue du désert de l’algérien Hassen Ferhani.
  2. Ils ont nettement marqué leur adhésion à plusieurs films de Dani Kouyaté, dont 2 pourtant aient déjà été programmé à Visions d’Afrique: Ouaga Saga, Soleils et Tant qu’on vit.
  3. Ils ont été séduit par 4 films fort différents, le film kényan « Supa Modo », le film marocain « Myopia », le film namibien « La ligne blanche » et le film Tunisien « Un fils »….
  4. Ont été délaissé les documentaires de Dieudo Hamadi et , rarement cité dans l’enquête, le film « AbouLeila »du cinéaste algérien Amin Sidi Boumedienne.

Pour les documentaires du réalisateur congolais l’explication de cette faible adhésion tient sans doute au caractère singulier d’un cinéma politique qui se situe , tambour battant, au coeur des événements. Une présentation du contexte historique et politique aurait sans doute facilité la compréhension des évènements.

Quant à Abou Leila, il ne semble pas avoir trouvé son public à Visions d’Afrique. Scénario trop difficile? Mise en oeuvre complexe? Thème peu porteur dans le contexte actuel?

IV. Un bilan scolaire positif

Le programme scolaire 2020 a rassemblé au total 873 élèves et a concerné 11 établissements dont 6 écoles et 4 collèges. Le nombre des collégiens a été légèrement supérieur au nombre des élèves du primaire (pour l’essential des CM1/CM2). Sur le plan géographique, la répartition est presqu’égale entre les deux cinémas.

Le résultat global est le plus élevé enregistré depuis 2011.
Cette situation traduit à l’évidence une mobilisation des responsables académiques et des enseignants dans le cadre d’un programme qu’ils connaissent bien maintenant. On peut parler de « fidélité » à visions d’Afrique, notamment des collèges qui participent au festival depuis plusieurs années.

Ce succès n’est pas sans rapport avec le film proposé, le film kényan Supa Modo, dont le visionnement a séduit les enseignants. Il a été très apprécié par les élèves.

Ombres au tableau :

  1. Pour le primaire, le constat que participent toujours de maniéré privilégiée au programme les écoles proches des salles…
  2. La demande d’augmentation de la subvention pour la prise en charge des transports scolaires, n’ait pas abouti. Le coût de ces transports, plus de 2000 euros cette année, ne permet donc pas d’envisager d’étendre, avec les moyens actuels, le programme à d’autres établissements, ce qui est évidemment regrettable.

V. Un volet littéraire apprécié

Le volet littéraire 2020 a aussi bien entendu subi les effets, pour le public adulte, du recul de la fréquentation mais, comme pour le cinéma, cette réduction est resté modeste, de l’ordre de 10/15 %.

En revanche les deux intervenants , Chistian Epanya pour le Jeune Public et Sofia Aouine pour le Public adulte, ont donné pleine satisfaction.Le public a apprécié leurs interventions et notamment leur capacité à communiquer.Il a également formulé sa satisfaction de l’animation des séances avec la romancière Sofia Aouine par le journaliste Bernard Magnier.

Plusieurs médiathèques ayant exprimé le souhait d’accueiller les deux invités, le programme a du être élargi : une séance a été programmée le mercredi et au total 9 séances ont été organisées. Trois médiathèques, Marennes, Saint-Pierre et Saint-Georges ont accueilli les deux intervenants.

Une double conclusion rejoint celle que nous avons esquissé plus haut pour le cinéma :

  1. Un public adulte fidèle s’est constitué au fil des éditions. Il n’a été que marginalement affecté par la conjoncture.
  2. Le public adulte tend à se créer peu à peu et à se développer à partir des médiathèques qui sont les pôles de rassemblement et de diffusion. On peut regretter que, pour des raisons multiples, on ne puisse faire jouer un rôle identique aux bibliothèques des deux communautés de communes.

Ajoutons que ce volet pourrait lui aussi sans doute être développé davantage sur le terrain scolaire en impliquant plus d’élèves du primaire et des collèges (un seul collège a pu être pris en charge cette année, le collège du Château) mais qu’en ce domaine également les considérations financières ne permettent pas d’envisager de faire profiter d’autres établissements du programme. Dommage.

Conclusion

La 11° édition de Visions d’Afrique s’est déroulée dans un contexte très particulier, très défavorable à une manifestation mettant en exergue l’échange et le débat.

Le résultat « convenable » enregistré traduit de fait l’attachement et la fidélité du public qui s’est manifesté en dépit de ce contexte, ce constat positif pouvant être étendu à tous les volets du festival. C’est évidemment de bonne augure pour la 12° édition qui aura lieu en octobre 2021.. dans une conjointure que l’on espère propice à la rencontre et aux palabres.

De cet épisode 2020, on peut tirer deux remarques intéressantes :

  1. L’utilisation des moyens audiovisuels nouveaux s’impose en complément des pratiques traditionnelles, notamment la visioconférence.
  2. Les résultats enregistrés cette année dans un contexte défavorable montrent que Visions d’Afrique est solidement implanté. A partir des bases actuelles , il est clair que des développements multiples sont possibles. Cet avenir est en partie entre les mains des bailleurs de fonds et des responsables politiques…..C’est le cas notamment pour le volet scolaire qui pourrait , sans trop d’efforts, impliquer plus d’établissements et d’élèves.

Gérard La Cognata
09/12/2020

Visions d’Afrique 2020 en images