Bilan de la 10° édition de Visions d’Afrique

La 10° édition de Visions d’Afrique a eu lieu du mercredi 16 octobre au mardi 22 octobre 2019. Elle a permis de présenter 21 films dont 3 courts métrages au cours de 42 séances, de 49 séances si l’on prend en compte les séances scolaires.
Les résultats sont excellents en terme de fréquentation : la barre des 2000 entrées payantes a été franchie (2070 entrées) pour la première fois.
Les volets scolaires et littéraires se sont déroulés dans des conditions satisfaisantes.
Les résultats enregistrées attestent nettement de la poursuite de la dynamique constatée au cours des dernières années, notamment depuis 2016.

I. La croissance de la fréquentation s’est nettement confirmée

La forte progression du nombre des entrées enregistrée au cours des années  2017 et 2018 ( + 44% entre 2016 et 2018) avait conduit à des prévisions prudentes pour cette 10° édition. Les objectifs avaient été fixés autour de 1800 spectateurs (+10%) et, pour le ratio « nombre de spectateurs par séance »  à 45 (en 2018: 43,2).

Les résultats sont très au-delà de ces prévisions dans tous les domaines: le nombre des spectateurs a dépassé les 2000 pour atteindre 2070 et le ratio s’est établi à 49,3.

Il a dépassé 57 (57,3) à l’Eldorado. En dépit de l’augmentation du nombre des séances qui s’est établie à 42 pour cette édition (contre 34 en 2015), ce ratio essentiel a sans cesse progressé comme le montre le tableau de l’annexe 3, il est passé de 32 en 2015 à 43,2 en 2018 pour atteindre 49,3 au cours de cette édition.

La croissance observée en 2017 et 2018 s’est poursuivie à un rythme soutenue : elle a été de + 22,9% entre 2018 et 2019, la plus forte progression enregistrée depuis 2012.

Le nombre des spectateurs a plus que doublé en 5 ans.

La 10° édition a donc confirmé, en la renforçant, la progression de la fréquentation notée depuis 2016. Si l’on prend en considération la totalité des volets mis en œuvre par le festival, on peut estimer le nombre des participants à la 10° édition de Visions d’Afrique à  3345, soit plus du double du nombre des participants à la 5° édition, en 2014.

II. Des choix cinématographiques du public nettement marqués

Si aucun film, sur les 18 longs métrages présentés, n’a été laissé pour compte par le public, il faut relever que ce dernier a fait des choix nets qui se sont traduits, cette session,  par une répartition relativement inégalitaire des spectateurs entre les films.

A cet égard, il est possible de classer les films du programme  en trois catégories en fonction de l’attrait exercé sur les spectateurs.

Un premier groupe, qui réunit 6 films, s’individualise nettement : le nombre moyen de spectateurs dépassent dans tous les cas 40 et les meilleurs scores sont au-delà de 50. Ce proupe est largement dominé par « Papicha » (420 spectateurs en 6 séances) et rassemble « Rage », « Le Grand Kilapy », « Adam », « Jusqu’à la fin des temps » et « Atlantique ».

Le second group réunit 4 films, »Sortilège », »Mon cher enfant », « Un Héros » et « One man’s show » qui ont rassemblé des effectifs relativement modestes (30 et moins de 30 en moyenne par séance).

Le troisième groupe est dans une situation intermédiaire, avec des moyennes de 33/35 spectateurs par séances. On y trouve « Keteke », « Another day of life », »Ezra » et  « La miséricorde de la jungle ».

Cette situation est bien évidement à mettre en rapport avec la qualité des films et le jeu essentiel du bouche à oreilles pendant le festival. Elle traduit aussi le jeu de multiples facteurs.

 La présence du réalisateur, ou d’une actrice, est l’un de ces facteurs,  comme on a pu l’observer les années passées. Elle a encore été déterminante cette année : dans les 6 films de la première catégorie , on trouve 3 films présentés par les réalisateurs (Newton Aduaka et Zézé Gamboa)  et par une actrice (Zahra Doumandji de Papicha) : « Papicha », « Rage » et « Le Grand Kilapy ». Mais ce facteur semble avoir moins fortement joué cette année alors que s’est affirmé comme facteur important la notoriété des films qui ont retenu l’attention dans les festivals, notamment le Fespaco, Cannes et Angoulème : « Papicha »,  , »Atlantique » et « Adam ». Ces films ont largement bénéficié de cette communication.  Le bouche à oreilles a amplifié l’attractivité de films de grande qualité.

Newton Aduaka

Il faut ajouter que certains films qui se situent dans  le second groupe, le moins attractif, ont été sans doute pénalisé par leur « médiocre » positionnement dans le calendrier (cas sans doute de « Mon cher enfant ») et par leur caractère très novateur (« Sortilège »)…On est en revanche surpris de trouver dans ce groupe le film « Un Héros » de Zézé Gamboa, un des films les plus attachants du cinéma africain,  qui fait nettement moins bien que le second film présenté par le cinéaste angolais « Le Grand Kilapy ». On notera enfin que d’excellents films dont on aurait pu penser qu’ils figureraient dans le pelotion de tête se situent dans la catégorie intermédiaire, loin des films les plus attractifs : c’est le cas pour Ezra de Newton Aduaka, étalon d’or en 2007 , et pour  « La miséricorde de la jungle », le film rwandais, étalon d’or en 2019.

La programmation 2019 a à l’évidence trouvé son public mais la concurrence a été forte. Les spectateurs ont exprimés nettement leurs préférences, mettant bien en relief le fait que le public de Visions d’Afrique est très  réceptif  aux informations sur les films dispensées par les médias. Il faut aussi relever que le public a participé très activement aux discussions d’après projection,  que les deux réalisateurs et Zahra Doumandji se sont pleinement investis dans ces débats et qu’une fois encore, Catherine Ruelle a joué un rôle décisif pour l’animation de ces échanges et pour la qualité du dialogue.

III. Le succès des trois séances « particulières »

La décision avait été prise cette année de mettre en oeuvre pour la première fois trois séances « particulières», décision induite par le choix de placer la séance Musique-Cinéma à l’Eldorado le vendredi soir , tout en maintenant une séance d’ouverture le mercredi et une séance de clôture à l’Estran le mardi.

Ce nouvel aménagement s’est révélé bien adapté . Les résultats obtenus sont très satisfaisants. Les trois séances ont rassemblé 477 spectateurs.La première séance associant cuisine (couscous) et film, Tazzeca, a réuni 88 personnes tandis que la séance de la 10° édition du vendredi soir a obtenu le meilleur résultat jamais atteint par une soirée de Visions d’Afrique en rassemblant 250 spectateurs. Il en a été de même pour la séance de clôture qui associait un groupe féminin (Doussou Yelen) et trois courts métrages de réalisatrices africaines.  139 spectateurs y ont participé, soit une augmentation de l’ordre de 75% par rapport au résultat des années 2015/2017.

Ce dispositif sera bien entendu maintenu en 2020. La séance musique/cinéma de vendredi a à l’évidence permis à de nombreux spectateurs qui commencent leur participation au festival le vendredi d’être présents à la soirée Musique/Cinéma.

A noter par ailleurs que le déplacement du vendredi au jeudi de la soirée « littérature/cinéma » organisée à Marennes, pour éviter un doublon avec la soirée du vendredi à l’Eldorado, n’a pas eu d’incidence négative : le nombre de participants à la rencontre littéraire et à la séance de cinéma s’est situé à un bon niveau.

IV. Le programme scolaire: de bons résultats, quelques regrets et interrogations

Globalement le programme scolaire a rassemblé 698 élèves, 758 si l’on prend en compte les 60 élèves du Lycée Merleau-Ponty qui ont visionné Ezra .Cette participation a été supérieure à la moyenne de la participation depuis 2011 (635).

Christine Dumont-Léger en séance scolaire

Le programme a concerné 9 établissements, 4 écoles, 4 collèges et le lycée Merleau-Ponty de La Rochelle. Il a donné lieu à 7 séances dans les salles de l’Eldorado (3 séances et 326 élèves) et de l’Estran (4 séances et 372 élèves.). Comme l’an passé, le nombre des collégiens – 457 – a nettement dépassé le nombre des élèves du primaire -241-.

Les deux films proposés Wend Kuuni de Gaston Kabore pour le primaire, et Yommedine de Abu Bakr Shawky   pour les collèges ont été unanimement appréciés.Le sous-titrage du film égyptien a toutefois gêné quelsques élèves. Les interventions de Thierno Ibrahima Dia ont également été appréciées, comme l’atteste le commentaire suivant figurant dans le rapport de l’un des responsables d’un des collèges :

 » Comme les années précédentes, la séance s’est très bien passée avec une grande qualité d’écoute et d’attention, dans d’excellentes conditions de projection. Il faut remercier à nouveau Thierno Ibrahima Dia, pour ses commentaires informés à la fin de la séance et pour l’animation des échanges avec les élèves. Ils ont été cette année encore spontanés, nourris et sensibles. ». Comme les années précédentes un programme spécifique a été mis en oeuvre avec les élèves des classes « cinéma » du lycée Merleau-Ponty de Rochefort. Cette année le film proposé était Ezra de Newton Aduaka.

Tous les élèves (une classe de première et une classe terminale , au total 60 élèves) avaient visionné le film et plusieurs courts métrages de Newton Aduaka et préparé la rencontre:  «  Ils ont donc pu préparer des questions qui ont favorisé un échange intéressant le jour de la rencontre……    Encore une très belle rencontre » selon l’avis formulé par l’enseignante qui suit, pour le compte du lycée, la réalisation de ce programme.

On peut donc au total considérer que le programme scolaire 2019 a répondu aux attentes et a donné des résultats satisfaisants.

Il convient toutefois de relever une nouvelle fois des faiblesses qu’il serait souhaitable de corriger l’an prochain:

  • La mobilisation se réalise mieux avec les collèges, du fait notamment des contacts directs établis avec les établissements, qu’avec les écoles qu’il est plus difficile d’intégrer dans un réseau. Un effort devra être fait pour amèliore cette situation.
  • Pour le primaire, ce sont essentiellement les écoles proches des salles ( hormis l’école du Château d’Oléron) qui participent au programme.Les écoles éloignées de Marennes et de Saint-Pierre d’Oléron sont absentes. Il paraît indispensable de corriger cette situation, même si des considérations financières imposent une limitation de la participation des écloles éloignées ( coût des transports).

– Il faut noter une fois encore qu’en dépit des sollicitations aucun des lycées du Pays Marennes Oléron n’a participé au programme de Visions d’Afrique, ce que l’on peut regretter. – Un effort pour étendre le programme à davantage d’établissements semble souhaitable mais les moyens financiers disponibles limitent fortement nos ambitions…

V. L’indéniable réussite du Volet littéraire

De gauche à droite : Christine Dumont-Léger, Abdelkader Djemaï, Bernard Magnier et Gérard La Cognata

Les résultats confirment le constat formulé en 2018 :  Ce volet s’est bien enraciné et rencontre un public en constante progression. Le programme littéraire a impliqué cette année 4 médiathèques et trois collèges ( Saint-Pierre, Marennes et Le Château). Il a rassemblé 526 participants se répartissant entre adultes (76) et jeune public (450).

L’économie du programme est demeurée identique à celle mise en oeuvre depuis 4 ans avec deux séquences, l’une consacrée au public adulte, l’autre au jeune public.

Mais une  nouveauté est venue, hors du champs de la programmation initiale, modifier cette programmation cette année : l’intervention , entre octobre et décembre, dans 3 collèges (Saint-Pierre, Marennes et Le Château) de l’auteur/comédien/slameur congolais Vhan olsen Dombo en résidence au Centre Intermondes de La Rochelle. Cette séquence, organisée à l’initiative et sous l’égide du Pays Marennes Oléron, en étroite relation avec le centre Intermondes de La Rochelle, a été financée par la DRAC Nouvelle -Aquitaine, le Département (Conseil Départemental) et les trois établissements (coût total : 4050 euros). Elle a rencontré un grand succès et une spectaculaire participation des élèves et des enseignants des trois colléges, notamment lors des trois séances de restitution.

La séquence « adulte  » a concerné les deux médiathèques de Marennes et de Saint-Georges Elle a mobilisé le romancier algérien Abdelkader Djemaï , l’animation des renconrtres étant assurée par Bernard Magnier. Dans les deux cas les échanges du public avec l’auteur ont été intenses et de qualité . La responsable de la médiathèque de Saint-Georges précise que  » toutes les personnes qui ont participé à la séance sont reparties charmées par l’éloquence de cet écrivain aux textes à la fois attachants et drôles « . En bref, Abdelkader Djémaï a passionné le public des médiathèques. Il a également passionné les collégiens de Marennes et du Château d’Oléron.

Abdelkader Djemaï et Bernard Magnier

 Les séances « Jeune Public » ont été animées cette année par Christine Dumont-Léger. Elle est intervenue, à partir de son Album Tifirellas et de son ouvrages sur les femmes amazighes, auprés des quatre médiathèques et essentiellement avec des élèves de classes de CM1 et CM2.      Sa prestation a revêtu la forme d’ateliers visant à confronter les élèves à un autre monde et à d’autres manières de vivre.

« La rencontre a été un beau succès, la classe étant très enthousiaste pour ce projet »: cette appréciation portée par la directrice de la médiathèque de Marennes sur la rencontre avec les élèves de l’école de Hiers-Brouage traduit bien le sentiment exprimé par l’ensemble des participants à cette séquence.Notons enfin l’initiative heureuse réalisée par  la médiathèque de Saint-Georges qui a invité à la rencontre  une dizaine de personnes âgés de la résidence du parc qui ont dialogué avec Christine Dumont-Léger et les 25 élèves de CM1/CM2 de l’école de Hiers-Brouage. Cette initiative pourrait (devrait ?) en susciter d’autres dans le même registre.

VI. Trois expositions

Comme l’an passé, des expositions, aux thèmes en étroite relation avec les programme cinématographique et littéraire, ont été mises en place dans les halls de l’Eldoradoe et dans la salle d’exposition de la médiathèque de Marennes.

Les deux expositions initialement programmées, les toiles de l’artiste angolaise présentées à l’eldorado et les photos des femmes amazighes proposées à Marennes par Christine Dumont-Léger ont tenu leurs promesses.

A Marennes près de de 200 visiteurs se sont déplacés dans la salle d’exposition de la médiathèque pour voir les portraits des femmes de l’Atlas marocain.

Une troisième exposition a été initiée par les enseignantes des classes de CM1 et CM2 de l’école Pierre Loti de Saint-Pierre d’Oléron qui ont participé à la séquence cinéma à l’Eldorado et à la séance littéraire organisée à la médiathèque de Saint-Pierre avec Christine Dumont-Léger. Les élèves de ces trois classes se sont inspirés des thèmes abordés lors de cette rencontre ( …les peuples nomades, l’alphabet tifinagh, la teinture végétale.  ) pour réaliser dessins et cartes sur l’Afrique présentés sur les murs du hall de l’Eldorado. Une heureuse initiative liant cinéma, littérature et représentations graphiques.

Conclusion

Les résultats de la 10° édition ont  confirmé  les points positifs relevés l’an passé, notamment la fidélité d’un public en constante progression, son active participation  aux débats, l’intérêt du programme concernant les collèges et la progression du volet littéraire …

Alors qu’après deux années de nette augmentation de la fréquentation ( + de 40 % de 2016 à 2018) les prévisions avaient été établies sur la base d’ une croissance plus faible  (de l’ordre de 10/15 %), la 10° édition a enregistré une forte progression du public ( +22,9%) : les 2000  entrées payantes ont été dépassées et le nombre moyen de spectateurs par séance à atteint 49,3.

Ce résultat est évidemment en rapport avec une implantation locale qui semble désormais solide et avec le  renforcement de l’attraction  du festival sur un espace géographique élargie.  Elle est aussi en relation bien entendu avec une programmation qui s’efforce de cerner au mieux les multiples développements des cinémas africains,

 En bref, l’attractivité de Visions d’Afrique doit beaucoup à la qualité de films qui collent au réel africain dans ces multiples facettes. Il s’agit donc pour l’avenir du festival de poursuivre les efforts d’une programmation bien en phase avec les développements de ce cinéma. C’est là un facteur essentiel de la progression de Visions d’Afrique.

Il va de soi qu’il reste indispensable de ne pas négliger les faiblesses mises en évidence les années précédentes. Elles n’ont pas été gommées , comme il a été indiqué dans ce rapport.

La 11° édition devrait être mises à profit pour améliorer notamment le dispositif de communication et pour élargir, si possible, le périmètre du volet scolaire de Visions d’Afrique.

Notons enfin que les réussites futures restent conditionnées par le maintien des appuis consentis au festival  et que les développements envisagés ne pourront aboutir qu’avec un renforcement de ces soutiens, notamment pour le financement du volet scolaire.

Les organisateurs du festival espèrent que les progrès enregistrés convaincront les bailleurs de fonds  de l’intérêt de ce renforcement.

Gérard La Cognata
29/12/2019